Ce document élaboré par l’équipe vétérinaire de la Clinique LIVET a pour but d’améliorer les bonnes pratiques de vermifugation en accord avec les nouvelles données terrain et les nouvelles avancées scientifiques
Parmi les parasites intestinaux du cheval, nos 3 principaux ennemis sont :
– Les petits strongles, qui causent des diarrhées sévères chez les yearlings, les jeunes chevaux et les chevaux âgés, et peuvent être à l’origine d’amaigrissement chez les chevaux de tous âges.
– Les parascaris, qui infestent principalement les poulains jusqu’à un an, et qui sont à l’origine de retard de croissance, mais sur tout peuvent causer des coliques mortelles par obstruction intestinales.
– Les anoplocéphales, communément appelés ténias qui causent des coliques chez les jeunes chevaux.
Parmi ces 3 parasites, les 2 premiers sont connus pour avoir développé des résistances à certains des vermifuges les plus utilisés. Les molécules efficaces sont peu nombreuses et utilisées déjà depuis de nombreuses années. De nombreux cas de résistances des différents parasites aux vermifuges utilisés couramment ont été décrits partout dans le monde, et particulièrement en France. L’apparition de ces résistances est liée à une utilisation excessive et/ou inappropriée des vermifuges.
Le premier objectif de ces changements dans nos habitudes de vermifugation est de moins vermifuger et mieux vermifuger pour ainsi éviter l’apparition ou l’accroissement de résistances aux vermifuges. Il s’agit donc de viser les espèces parasitaires cibles en fonction de l’âge du cheval, de son mode de vie et de la saison.
Le deuxième objectif est de conserver une population de parasites sensibles aux vermifuges en diminuant la pression médicamenteuse, comme nous le faisons également pour les antibiotiques. Il est illusoire d’espérer éradiquer les parasites intestinaux des chevaux. Il faut garder l’infestation à un niveau assez bas pour ne pas causer de pathologie. Or, une grande partie des chevaux adultes est capable, grâce à son système immunitaire, de maintenir leur infestation parasitaire à un niveau acceptable une grande partie de l’année, sans vermifuge. L’utilisation des vermifuges doit donc être faite de manière raisonnée, suite à la réalisation d’une COPROSCOPIE pour vérifier la présence de tel ou tel parasite. Ainsi, on réduit le nombre de vermifuge donné annuellement, et on laisse vivre une population « refuge » de parasites qui restera sensible aux vermifuges. Nous souhaitons vrai ment que plus de coproscopies soient réalisées pour vermifuger à bon escient. Par ailleurs d’un point de vue budgétaire, l’économie faite en achat de vermifuge couvrira largement les coûts de coproscopie.
Il est important d’établir avec le vétérinaire qui s’occupe de votre élevage, un protocole de vermifugation raisonnée pour chaque classe d’âge dans votre élevage (foals, weanlings, yearlings, 2 ans, adultes au pré, adultes au box, poulinières gestantes).
Malheureusement, l’apparition des résistances aux vermifuges dépend fortement des pratiques d’élevage et de vermifugation. Ainsi, les résistances aux différents vermifuges sont différentes d’un élevage à l’autre. Pour être le plus efficace possible, et éviter d’utiliser des vermifuges inefficaces, il est donc recommandé, dans chaque élevage, de tester l’efficacité des traitements utilisés avec un test de réduction des oeufs dans les fèces. Il s’agit de réaliser une COPROSCOPIE avant et après vermifugation pour vérifier si les parasites ont bien été tués par le vermifuge. Ceci permet de connaitre les résistances déjà présentent dans l’élevage et d’adapter ainsi le programme de vermifugation.
Les chevaux et poulains qui arrivent dans votre élevage après avoir fait un séjour dans une autre structure en France, voire à l’étranger, sont susceptibles d’apporter dans votre élevage des nouveaux parasites, voire même de nouvelles résistances.
Nous recommandons donc de faire une COPROSCOPIE systématiquement sur tous les animaux (surtout les foals) entrants sur le haras (retour étranger, nouvel achat, etc.), et de les vermifuger en fonction des résultats de la coproscopie, avant de les mettre au pré, pour éviter une contamination des pâtures par des parasites étrangers à l’élevage.
Lorsque les chevaux sont au pré, ils se contaminent avec des oeufs et des larves de parasites. Afin de limiter le degré d’infec tion, il est important de diminuer la charge parasitaire présente dans les prairies, ce qui peut dans certains cas réduire la fré quence d’administration de vermifuges. Ceci peut être réalisé en évitant le surpâturage. Au plus il y a de chevaux dans une même prairie au plus le parasitisme par m2 est important. Une autre alternative est de ramasser les crottins au pré. Idéalement, un ramassage 2 fois par semaine limite très e cacement le risque de contamination.
Malheureusement, cette technique est peu réalisable en pratique car elle est très fastidieuse et demande du matériel onéreux. La rotation de prairie est une 3e alternative. Malheureusement, les larves de strongles survivent longtemps dans l’environnement lorsque les conditions climatiques sont bonnes. Une rotation annuelle peut donc être réalisée, éventuellement en alternant avec
d’autres espèces (bovins, ovins). En ce qui concerne l’infection à Parascaris, les oeufs sont très résistants. Un nettoyage consciencieux des boxs de poulinage est donc conseillé.
Les programmes de vermifugation raisonnée ne peuvent pas être conçus de manière universelle, et doivent être adaptés en fonction de la population de chevaux et de parasites de chaque élevage. C’est pourquoi vous devez discuter de votre protocole de vermifugation avec votre vétérinaire. Ainsi, grâce à l’e ort de chacun, nous pourrons participer à la lutte contre l’émergence des résistances parasitaires, et assurer un meilleur avenir aux chevaux de demain !
Toute l’équipe soignante de la clinique est disponible pour avancer avec vous dans cette gestion raisonnée des antiparasitaires. Nous pouvons également, en cas de problème avéré ou de doute sur le statut parasitaire de votre élevage, réaliser des audits parasitaires qui permettent d’évaluer les problématiques à l’échelle d’un élevage.
Dr Johanne VANDERSTOCK, dipl. ACVIM
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